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Organiser son atelier : ordres de fabrication, matière au gramme et coût de revient

Établi de bijoutier vu de dessus : limes, chalumeau, creuset et bague en cours de fabrication.

Beaucoup d'ateliers fonctionnent à la confiance et à la mémoire. Ça marche tant que l'atelier est petit et que le patron est derrière l'établi. Le jour où il y a trois artisans, de la sous-traitance et vingt pièces en cours, la matière commence à se perdre et personne ne sait plus vraiment ce que coûte une pièce.

Cet article décrit une organisation qui tient, sans transformer votre atelier en usine.

L'ordre de fabrication, le document qui porte tout

Rien ne se lance sans ordre de fabrication. C'est la règle de base, et c'est aussi la plus difficile à faire adopter, parce qu'elle ralentit le démarrage de cinq minutes.

Un ordre de fabrication contient :

  • un numéro
  • ce qu'on fabrique, avec un croquis ou une photo de référence
  • la quantité
  • le titre voulu et le poids visé
  • les pierres à sertir, en nombre et en qualité
  • la date de besoin
  • l'origine : commande client, réassort de vitrine, ou transformation d'une pièce reprise

Ce numéro va suivre la pièce partout. C'est la clé qui relie l'atelier, le stock et la caisse.

La fiche suiveuse voyage avec la pièce

C'est le document physique qui accompagne le sachet, de la fonte à la mise en vitrine. À chaque étape, on y note quatre choses : qui a travaillé, quand, combien de temps, et le poids à l'entrée comme à la sortie de l'étape.

C'est simple, et c'est ce qui permet trois mois plus tard de répondre à une question autrement impossible : pourquoi cette série a-t-elle coûté deux fois plus cher que la précédente ?

Pesez à chaque étape, sans exception

C'est le cœur du suivi matière. Trois pesées minimum :

  • la matière sortie du stock ou du coffre, remise à l'artisan
  • le poids de la pièce à la fin de l'étape
  • la matière rendue : chutes, tournures, limaille, morceaux non utilisés

La différence entre ce qui sort, ce qui est rendu et ce qui reste dans la pièce, c'est la perte de l'étape. Elle n'est jamais nulle, et ce n'est pas anormal.

Distinguez les pertes normales des autres

Chaque opération a sa perte habituelle. La fonte, le limage, le polissage consomment de la matière. Une partie est récupérable et part à l'affinage, une autre non.

Ce que vous devez connaître, c'est le taux habituel de chaque étape et de chaque artisan dans votre atelier. Ne cherchez pas ce chiffre dans un livre, il dépend de vos méthodes et de vos pièces. Mesurez-le sur quelques semaines, puis servez-vous-en comme référence.

À partir de là, la règle devient simple : une perte dans la fourchette habituelle est normale, une perte hors fourchette se discute le jour même, pas à l'inventaire annuel. C'est infiniment plus efficace, et beaucoup moins désagréable pour tout le monde, que de découvrir un écart global six mois plus tard sans pouvoir le rattacher à personne.

N'oubliez pas de valoriser ce que vous récupérez. La limaille et les chutes envoyées à l'affinage reviennent en matière ou en argent. Si elles ne rentrent nulle part dans vos comptes, votre coût de revient est faux, dans le mauvais sens.

Les postes de travail et les artisans

Découpez votre fabrication en étapes identifiées : fonte, cire et moulage, mise en forme, soudure, sertissage, polissage, contrôle. Peu importe le découpage exact, il doit correspondre à votre réalité.

Chaque étape a un temps habituel et un coût horaire. Sans cela, vous ne saurez jamais où passent vos délais, ni pourquoi la même pièce prend cinq jours cette fois-ci et deux la fois suivante.

La sous-traitance : de la matière qui sort du magasin

C'est le point le plus sensible, parce que votre or quitte vos murs.

Un bon de sortie, systématiquement : numéro de l'ordre de fabrication, poids exact confié, titre, description, date de retour attendue, nom du sous-traitant. Au retour, on repèse, et on compare avec ce qui était convenu.

Ce n'est pas une question de méfiance. Deux professionnels sérieux ont tous les deux intérêt à ce que les poids soient écrits. Les malentendus sur la matière confiée ruinent des relations de dix ans.

Le contrôle avant la mise en vitrine

Une étape de contrôle, même de deux minutes : poids final, titre, pierres bien serties, finition, conformité au croquis.

Une pièce qui part en vitrine sans contrôle reviendra en réclamation, et une réclamation coûte plus cher que le contrôle. Pensez aussi au poinçonnage, qui obéit à une réglementation : vérifiez la procédure applicable à votre activité avant d'organiser cette étape.

Le coût de revient réel

Voici l'addition que la plupart des ateliers ne font pas complètement :

Matière consommée, et non matière sortie. C'est la matière réellement partie dans la pièce, plus les pertes non récupérées, valorisée au cours du jour où vous l'avez achetée.

Main-d'œuvre, c'est-à-dire le temps réel de chaque étape multiplié par son coût horaire. Le coût horaire inclut les charges, pas seulement le salaire net.

Sous-traitance, facturée pour cette pièce.

Consommables et pierres : soudure, produits de polissage, et bien sûr les pierres serties.

Une part de vos charges fixes : loyer de l'atelier, électricité, amortissement des machines, réparties sur votre production.

Le total est votre coût de revient. Le prix de vente, ensuite, est une décision commerciale, mais au moins vous savez à partir de quel niveau vous perdez de l'argent. Ce coût ne vous sert que rapproché de vos ventes et de votre stock, tenus dans un logiciel de bijouterie au Maroc.

Pourquoi ce calcul change vos décisions

Quand un atelier fait ce calcul pour la première fois, il découvre presque toujours la même chose : certaines pièces qu'on croyait rentables ne le sont pas, parce que le temps de finition avait été sous-estimé, ou parce que les pertes de matière étaient plus élevées que prévu.

Cela ne veut pas dire qu'il faut arrêter de les fabriquer. Une pièce d'appel a sa fonction. Mais il vaut mieux le savoir et le choisir, plutôt que de le subir.

Ce que vous pouvez faire demain matin

  1. Choisissez une seule série en cours et ouvrez-lui une fiche suiveuse papier. Une feuille suffit.
  2. Pesez la matière sortie et la matière rendue sur cette série, et notez l'écart.
  3. Faites l'addition complète du coût de revient sur cette seule pièce. Comparez au prix auquel vous la vendez.

Le module Atelier de fabrication, avec les ordres de fabrication, le suivi matière au gramme et le coût de revient, est en préparation chez LE BIJOUTIER. Il n'est pas encore disponible, et il est construit avec des bijoutiers marocains : si vous avez un atelier, votre avis nous est utile.

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